Le conflit des intériorités (TAA 2)

Le conflit des intériorités. L’émergence du sujet dans la modernité a entraîné un nouveau rapport aux valeurs et aux idéaux moraux: n’acceptant plus tel quel un cadre de référence imposé de l’extérieur, le sujet s’est tourné vers l’intériorité pour y puiser ses valeurs. Toutefois, selon le philosophe Charles Taylor, les sources morales que le sujet moderne découvre à l’intérieur de sol sont diverses. L’idéal d’une maîtrise instrumentale du monde par la raison côtoie ainsi celui d’une expression créatrice de soì. Mais ces formes nouvelles d’intériorité plongent elles-mémes leurs racines dans une forme plus ancienne, issue du judéo-christianisme. Différentes formes d’intériorité caractérisent donc l’homme contemporain, avec les tensions et les conflits que cela comporte. Cette pluralité des intériorités interpelle la théologie, car celle-ci doit rendre compte de la pertinence pour aujourd’hui d’une intériorité qui, refusant de tomber dans le subjectivisme ou le nihilisme, soit ouverte à Dieu et aux valeurs transcendant le sujet. Cette interpellation ne requiert pas seulement une réponse théorique, elle exige aussi une réponse personnelle du croyant, confronté aux sollicitations diverses de la culture de son temps. Le Cardinal John Henry Newman, par sa vie et sa pensée, apporte une réponse dont la fécondité n’a cessé de se manifester depuis plus d’un siècle. En plaçant au centre de sa vision de la personne l’expérience éthico-religieuse de la conscience, Newman a montré la valeur, dans la modernité, d’une intériorité qui ne reste pas cloisonnée dans les limites du sujet mais qui s’ouvre au transcendant.

Luc Terlinden, prétre du diocèse de Malines-Bruxelles (Belgique), est né à Bruxelles en 1968. Licencié en sciences économiques, il a obtenu la licence et le doctorat en théologie morale auprès de l’Accademia Alfonsiana à Rome. Il exerce actuellement un ministère pastoral à Louvain-la-Neuve et enseigne la théologie morale dans différentes institutions de son diocèse.